Illustration d’Anne Maisse pour La Classe Maternelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Promenade en bateau

(paru dans La Classe Maternelle n°46 de février 1996)

 

Carnaval arrive et avec lui un cortège de déguisements que les enfants connaissent plus ou moins bien. Ce conte est l’occasion pour eux de découvrir les personnages de la Commedia dell’arte qui font partie du patrimoine culturel : Polichinelle, Pierrot et Colombine. Après plusieurs lectures et quelques fiches, ils parviendront facilement à les reconnaître et les nommer, et ils les retrouveront avec plaisir dans les bals masqués.

 

Vous connaissez Arlequin, ce grand farceur avec un costume de toutes les couleurs ? Depuis hier, il a un bateau pour se promener sur la rivière. Il a invité son ami Pierrot ainsi que la jolie Colombine dont Pierrot est amoureux.

 

Colombine va préparer un bon pique nique qu’elle mettra dans un beau panier d’osier.

-Cela redonnera peut-être le sourire à ce Pierrot qui est toujours triste ! dit-elle.

 

Alors qu’elle achète le pain, elle rencontre Polichinelle, son voisin.

-Bonjour, belle colombine.

-Bonjour, monsieur Polichinelle.

-Vous achetez beaucoup de pain aujourd’hui, ma jolie !

-C’est que je vais en promenade avec Pierrot et Arlequin qui a un beau bateau tout neuf.

-Alors bonne journée Colombine, dit Polichinelle en pensant   “ c’est ça, allez jouer, mais le vieux Polichinelle va vous faire un tour à sa façon ! ”

 

Dés que Colombine a tourné le dos, Polichinelle court chez lui chercher un couteau. Puis il va à la rivière, là où Arlequin a attaché son bateau et fait un petit trou au fond de la coque. Il n’aime pas les gens qui s’amusent alors que lui reste toujours tout seul.

 

Un peu plus tard, Arlequin, Colombine et Pierrot montent dans le bateau et commencent leur promenade sur la rivière. Le soleil brille et la journée s’annonce très belle. Mais, au bord de l’eau, Polichinelle les surveille. Il essaie de les suivre mais les roseaux l’accrochent à son passage et les branches des arbres lui griffent le visage. Au bout d’une heure, il n’en peut plus.

-Pourquoi le bateau ne coule t il pas ? se demande-t-il.

Tout occupé à surveiller les trois amis, il trébuche sur une racine, s’assomme contre un arbre, et plouf ! tombe à l’eau.

Le bruit de sa chute attire l’attention de Pierrot, qui comprend que quelqu’un se noie. Aussitôt, il plonge et nage à toute vitesse vers Polichinelle, qu’il rattrape et tire vite vers une petite plage de sable où Arlequin et Colombine le rejoignent avec le bateau.

-Mais c’est mon voisin Polichinelle ! s’écrie Colombine.

-tu aurais dû le laisser se noyer, ce vieux coquin ! plaisante Arlequin.

-Que faîtes vous là, monsieur Polichinelle ? demande Colombine.

-euh...je me promenais, répond le malheureux en rougissant.

Puis il se relève et s’approche discrètement du bateau. Oh, ce n’est pas celui dans lequel il a fait un trou le matin même !

 

Après avoir remercié Pierrot d’une courbette, Polichinelle court vite au village pour réparer le bateau qu’il a abîmé.

Colombine et Pierrot, qui est tout mouillé, s’assoient au soleil sur un rocher tandis qu’Arlequin installe une grande nappe sur l’herbe pour le pique-nique. Colombine se rapproche de pierrot et lui dit :

-ça va ? Tu n’as pas froid ? tu as vraiment été très courageux !

Pierrot fait un sourire à Colombine. Depuis ce jour, il n’est plus triste et Colombine ne se moque plus de lui. Quant à Polichinelle, il s’est bien promis de ne plus jamais jouer de mauvais tour à ce qui s’amusent sans lui …

 

Au zoo

 

La semaine dernière, Petit Jean a perdu une dent. La petite souris lui a échangée contre une belle pièce de deux Euros, avec laquelle il a acheté un sachet de bonbons tendres aux fruits : citron, orange, cerise et fraise.

 

Aujourd’hui, Petit Jean va au zoo avec sa maman, car il adore les animaux. Il leur a d’ailleurs apporté les quatre derniers bonbons tendres aux fruits de son sachet : citron, orange, cerise et fraise.

 

Au lion, qui baille derrière les forts barreaux de sa cage, Petit Jean demande :

-veux-tu, gros lion, un bonbon au citron ?

-Non merci, Petit Jean, c’est mauvais pour mes dents, tu sais bien, répond le lion.

Alors Petit Jean mange le bonbon au citron.

 

Au phoque, qui nage en rond autour de son bassin, Petit Jean demande :

-et toi, le moustachu, voudrais-tu un bonbon ?

Le phoque répond :

-en as-tu au poisson ? Maquereau, sardine ou bien thon ?

-Ah non, dit Petit Jean, je n’ai plus que ceux-ci. Le citron, ça va bien avec le poisson mais je l’ai mangé. Veux-tu de l’orange ?

-non merci, dit le phoque.

Alors Petit Jean mange le bonbon à l’orange.

 

Au singe, qui se balance sur un vieux pneu usé, Petit Jean propose un bonbon à la cerise en s’excusant de ne pas en avoir à la banane. Mais le singe lui répond :

-as-tu bien lu le panneau sur ma cage : « Interdit de nourrir les singes ! »

Alors Petit Jean mange le bonbon à la cerise.

 

Il ne reste plus que le bonbon à la fraise : le plus tendre, le plus doux, le meilleur entre tous, le bonbon préféré de Petit Jean qu’il s’est gardé pour lui-même.

Mais en quittant le zoo, une petite fille pleure car elle ne veut pas s’en aller. Elle veut rester voir les animaux. Alors Petit Jean prend dans le sachet le dernier bonbon à la fraise et le tend à la petite fille. Elle regarde sa maman, la main tendue de Petit Jean, puis attrape le bonbon et le mange.

-c’est à la fraise, Merci Petit Jean, dit la petite fille qui ne pleure plus, ce sont mes préférés.

 

Le pissenlit et la pâquerette

 

J’étais allongé dans un gros tas d’herbe fraîchement tondue. Un peu plus loin, papa faisait un autre gros tas avec un grand râteau de bois. Maman étendait sur la corde un drap de lit, jaune comme le soleil d’avril. Il faisait si beau qu’on aurait dit les vacances, mais ce n’était que dimanche.

Quand j’entendis un murmure, un chuchotement, comme une discussion de fourmis. Je retins ma respiration, tendis l’oreille et voici ce que je perçus, comme venant de l’herbe rase.

- c’est comme moi, ma chère. J’ai beau avoir cette belle situation, au pied d’un arbre, exposé au soleil, j’ai eu les mêmes malheurs que vous. Il faisait chaud, je me suis dit « voilà le printemps », il est grand temps de fleurir. Et zoup ! une tige. Plop ! un bouton. Hop ! une belle fleur jaune et attendons les abeilles. J’avais à peine fleuri que brrr ! voilà une gelée. Mes beaux pétales tout fripés et plus un insecte en vue. Me voilà revenu mais j’ai dû tout refaire. Quel travail !

Qui pouvait parler ainsi ? Une fleur jaune … Ce n’était pas la pâquerette qui dodelinait de la tête à côté de ce grand pissenlit. Alors c’était le pissenlit lui-même ! Puis soudain, la pâquerette tourna sa fleur vers le pissenlit et ces quelques paroles arrivèrent jusqu’à moi, portées par un léger souffle de vent.

- Mon pauvre ami, vous voilà quand même bien en forme. Dans quelques jours, vous serez devenu une belle boule de flocons blancs et je suis certaine que l’enfant qui se repose dans l’herbe … (ON PARLAIT DE MOI !!!) … se fera une joie de vous souffler dessus pour éparpiller vos graines comme des milliers de parachutes.

- A moins que son père ne me coupe la tête avant !

- N’ayez pas peur, voyez, nous avons échappé à la tondeuse. Moi, je suis trop petite, et vous trop près de l’arbre.

 

- Regardez Docteur, il se réveille !

Dans mon rêve qui s’effilochait, la pâquerette avait la voix de ma maman. J’étais dans mon lit et je me sentais très très chaud. Le docteur vint s’asseoir à côté de moi, mit sa main froide sur mon front et prit mon poignet.

- Tu sais, mon petit, il fait beau, on croit qu’on peut laisser son manteau à la maison pour jouer dans le jardin mais brrr ! il fait très froid. Atchoum ! on attrape un gros rhume et paf ! on doit rester au lit. Mais tu verras dans deux jours, tu seras un petit garçon en pleine santé.

Le docteur se leva et quitta la pièce. De dos, avec ses grands cheveux blancs décoiffés par le vent, il ressemblait à une fleur de pissenlit.

 

Le retour du printemps

 

Le rouge-gorge ébouriffé, posé sur la branche du poirier, tourne sa tête et son jabot couleur de fraise vers le soleil qui se lève. Plus de brouillard, plus de gelée et dans le calme du matin, des chants d’oiseaux par milliers. Au vent qui lui décoiffe les plumes, il demande :

- Que se passe-t-il ?

- Les bourgeons bourgeonnent et les bourdons bourdonnent, c’est le retour du printemps, répond le vent.

 

La musaraigne ensommeillée vient de sortir le bout de son nez, qu’elle a très fin et très pointu, de son logis tapi dans l’herbe. Plus de brouillard, plus de gelée et dans le calme du matin, on entendrait presque l’herbe pousser. Au vent qui fait vibrer ses moustaches, elle demande :

- Que se passe-t-il ?

- Le hérisson se hérisse et les fleurs fleurissent, c’est le retour du printemps, répond le vent.

 

Le pissenlit s’ouvre comme un parapluie. Il fait comme une tache de soleil au milieu de l’herbe tendre et verte. Plus de brouillard, plus de gelée et dans le calme du matin, on entend éclater les bourgeons du marronnier. Au vent qui balance sa longue tige frêle, il demande :

- Que se passe-t-il ?

- Les pigeons pigeonnent et les poules roucoulent et moi… je perds la boule.

Car le vent du printemps est un vent fou.

 

Le chemin de l’eau

 

Au pied de la montagne, dans le creux d’un rocher, jaillit une source d’eau pure et claire.

- Où est la mer ? demande la source au ruisseau de sa voix de cristal.

- Suis moi si tu le peux, et tu le sauras, lui répond le ruisseau invariablement.

Alors, la petite source suit le ruisseau entre les galets ronds en s’y mélangeant par petits tourbillons.

- Où est la mer ? demande alors le ruisseau à la rivière de sa voix chantante.

- Vous êtes bien tous les mêmes ! répond la rivière hautaine. Suivez moi sans traîner et la réponse vous sera donnée.

Mais certains ruisseaux perdent leur chemin dans de vastes étangs, au milieu des canards et des roseaux immobiles. D’autres finissent dans des tuyaux et parfois même des égouts. Les plus chanceux s’abandonnent au bonheur de couler paisiblement entre deux rives verdoyantes, se mêlant les uns aux autres.

- Où est la mer ? demandent-ils tous ensemble au grand fleuve, d’une seule voix de rivière.

Et le fleuve leur répond avec sa voix profonde et calme que la mer n’est pas bien loin et qu’il y va, lui, sans se presser.

Alors la rivière suit le fleuve, contournant habilement les bancs de sable et traversant prudemment des cités de plus en plus étendues.

Puis toutes les sources, ruisseaux et rivières arrivent enfin à la mer, qui les accueille majestueusement dans son palais de sel.